
B’Elanna
Pièce d’olivier tourné dont les accidents, blessures, fentes et crevasses sont mises en évidence par la forme particulière de sa géométrie et par l’adjonction de résine.

Le bois & la résine
C’est un fait : cela me travaillait de faire comme tant d’autres et d’inclure de la résine dans mes projets. Si vous avez déjà parcouru les pages de ce site, vous savez que j’aime tirer parti des accidents naturels visibles dans le bois. Je l’ai déjà fait (et je vais persévérer) avec de l’étain, mais ici, il m’a semblé que l’adjonction d’une résine noire serait de nature à enrichir l’aspect d’un morceau d’olivier particulièrement torturé et malmené que j’ai entrepris de tourner.
C’est rarement la seule volonté de l’artisan qui gouverne la forme avec ces pièces de bois qui ont une longue histoire. En l’occurrence, me laissant guider par les nœuds, les fissures et craquelures nombreuses sur ce morceau, je finis par opter pour une géométrie très simple, très épurée qui tient compte non seulement de ce que le bois a envie de me laisser faire mais qui, je le pense, contrastera de manière frappante avec les flancs de la pièce que je devine déjà très torturés.
Le choix est d’avoir une partie basse en calotte sphérique qui se raccorde à angle vif avec un tronc de cône dont la génératrice sera parfaitement droite.


Le recours à la résine estun choix esthétique qui impose certaines contraintes :
- La résine et son durcisseur à l’état liquide vont remplir toutes les crevasses et fissures du bois. C’est l’objectif mais le mélange est très liquide et impose de faire une excellente étanchéité faute de quoi tout cela fuit. Lors de la coulée, la pièce ressemble fort à une momie recouverte de bandelettes ! Ca n’empêche pas le processus d’être assez salissant pour la pièce (voyez les coulures sur les photos). Cela n’est pas très grave car le vase sera repris au tournage après durcissement de la résine.
- La polymérisation de la formule que j’emploie prend quelques jours pour un durcissement complet. Au bout de 24h, elle est suffisamment pâteuse pour que la pièce puisse être bougée.
- On ne peut donc procéder que par petits morceaux sur une pièce de révolution et ce sont ces petites étapes qui apparaissent sur les photos ci-contre. Chaque petit « lac » de résine doit être coulé séparément puis durcir avant de pouvoir passer au suivant. Dans le cas de ce vase, une vingtaine de coulées parfois toutes petites ont dû être faites.

Voici les étapes par lesquelles je suis passé :

Etape 1
Bien faire l’étanchéité de la pièce de bois. La coulée est très fluide et s’insinue dans les moindres anfractuosités. C’est bien ce qu’on souhaite mais la contrepartie, c’est que la résine trouve toujours un chemin inattendu pour fuir !
Etape 2
Placer l’anfractuosité bien à la verticale (très important), couler la résine très soigneusement mélangée et débullée. Attendre 24h.


Etape 3
Après s’être assuré que la résine a bien pris, pivoter la pièce pour présenter l’anfractuosité suivante à la verticale et vérifier que la barrière d’étanchéité sous la pièce est toujours suffisante, sinon la refaire.
Etape 4
Couler la résine dans l’anfractuosité suivante.
Répéter le processus à l’étape 1 autant que nécessaire… et constater qu’à ce stade la pièce est fort laide avec toutes ces excroissances de résine. Fort heureusement, le tournage qui suit va y remédier !

Il est certain que des alternatives au processus décrit plus haut existent. En particulier on pourrait imaginer un moule silicone plaqué à l’extérieur de la pièce ainsi qu’un autre moule à l’intérieur, puis couler la résine entre les moules. Je vois beaucoup d’inconvénients à cette méthode:
- Il faut déjà réaliser deux moules en silicone à la bonne forme. Possible mais long et malaisé.
- Il faut couler beaucoup de résine. En tous cas, certainement beaucoup plus qu’avec la méthode très itérative que j’ai employée. Or, cette résine coûte fort cher, autant le dire et être franc.
- Enfin il faudra éliminer beaucoup de résine au tournage. Le gaspillage de matière sera bien plus important, et cette matière n’est pas naturelle. Autant minimiser la quantité employée.
J’ai donc logiquement préféré l’autre méthode. En contrepartie, la coulée de résine au juste nécessaire dans toutes les anfractuosités a pris un bon mois (c’est le temps de polymérisation de la résine qui est le facteur limitant, ici).


Ce vase présente deux ouvertures importantes sur ses flancs. J’ai décidé de les conserver ainsi que les ponts de matière qui les limitent en partie haute. Cela impose des passes d’outils très légères dans ces zones-là pour ne pas faire voler ces délicates languettes d’olivier en éclat.
Ces ajours permettent de voir l’outil qui taille la surface interne du vase (le trait rouge). C’est un spectacle qu’on voit assez peu souvent car d’habitude, les flancs de mes tournages sont pleins !




La forme extérieure se sculpte petit à petit. Sur ces images, on peut voir le travail sur la forme inférieure du vase (calotte sphérique). On constate aussi que le passage de l’outil de coupe (gouge à creuser) laisse une belle surface bien nette à la fonction bois-résine, et c’est heureux !
Les flancs rentrés qui accueillent les ajours ne peuvent pas être tournés puisqu’ils sont en retrait. Je les reprendrai à la gouge de sculpteur et à la lime abrasive en allant comme de coutume, du grain le plus gros (80) jusqu’au plus fin (320 voire 400 ici, puisque j’ai opté pour une finition lisse et brillante à la cire de carnauba).

La toute dernière opération de coupe avant le lustrage/cirage consiste à retourner la pièce et l’installer sur un grand mandrin fabriqué maison. Celui-ci est équipé de plots en caoutchouc qui viennent serrer la circonférence supérieure du vase (en compression ou bien en extension – c’est ce dernier cas ici en raison de la géométrie) délicatement pour ne pas ruiner le travail qui a précédé mais très fermement pour éviter que la pièce ne parte en excursion violente dans l’atelier. J’opte en général pour la ceinture et les bretelles et je présente une contrepointe tournante en appui au centre (non visible sur ces photos) pour garantir que mon vase reste bien plaqué sur le plateau du mandrin.
Je peux ainsi reprendre la base de la pièce et la finir joliment.

Grand fan de Star Trek, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que ce vase avait lui aussi une forme très klingonne. J’ai opté pour le prénom d’une héroïne marquante de l’une des séries de la franchise et l’ai ainsi baptisé B’Elanna.
Caractéristiques & dimensions :